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Dans son livre, “Ce que l’on ne vous apprend pas à l’école”, Eric Lallau explique son cheminement. Avec beaucoup de bon sens, d’humilité et sans aucun jugement, il ose mettre le doigt sur les incohérences d’un système éducatif à bout de souffle, et lancer des pistes d’amélioration. Plus qu’un livre sur l’école, c’est son chemin de vie que l’on suit à travers les pages. Celui-ci amène au lecteur une nouvelle manière d’aborder sa propre existence afin de se trouver soi-même et de réaliser vraiment ce pourquoi nous sommes là, avec ce que l’on nous a transmis sur les bancs de l’école et bien au delà.

A l’occasion du Festival pour l’Ecole de La Vie qui s’est déroulé à Montpellier les 23, 24 et 25 septembre, j’ai eu la chance de rencontrer Eric Lallau, un chef d’établissement atypique, venu présenter son ouvrage et sa pièce de théâtre “Je suis Prof, mais je me soigne!”.

Compte tenu de son parcours, j’ai tout de suite eu envie de l’interviewer pour partager avec vous son chemin inspirant, et montrer comment, dans le domaine qui l’impact le plus, cet homme a sût renverser les codes établis afin de remetttre en question et faire avancer la pensée dans le monde de l’éducation.

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Compte rendu d’une rencontre simple, authentique et haute en couleurs!

A.M_ Eric Lallau bonjour!

Vous êtes aujourd’hui intervenant au Festival de l’Ecole de la Vie.

E.L_ Voilà. J’interviens au Festival de l’Ecole de la Vie pour présenter ma pièce de théâtre qui a pour titre “Je suis prof mais je me soigne”. C’est une pièce de théâtre qui présente un enseignant qui débarque sur scène et qui a ses propres convictions. Il est certain de ce qu’il avance. Il sait tout sur la vie. Il sait tout sur sa matière.

Ses convictions vont s’effriter. C’est un bonhomme qui va s’effondrer complètement, c’est à dire qu’il va sombrer dans un burn-out. Non seulement avec ses élèves, les parents d’élèves, son directeur, sa femme, et son fils. La première partie bien évidemment est comique. Pourquoi? Parce qu’il s’agit de pur vécue. C’est à dire que c’est ce que je vis dans un établissement scolaire, ce que j’ai pu observer depuis 25 ans puisque je suis directeur depuis 10 ans et professeur d’Anglais depuis 25 ans. Et dans la deuxième partie, c’est un professeur qui va se reconstruire, à travers des rencontres, des lectures et des prises de conscience. La deuxième partie est très touchante parce qu’on touche le coeur des gens. A la fin de la pièce de théâtre on va découvrir une personne qui est diamétralement opposée à ce qu’il était au début.

Donc, c’est une renaissance qui interpelle tout le monde. On dit souvent que c’est un spectacle, vous savez: on va le voir et on repart avec! Parce que c’est un one-man-show qui a pour but de faire évoluer les consciences, de grandir en conscience et d’avoir une perception à la fois sur soi-même et sur les autres qui va évoluer, qui va changer pour le bien-être de tous.

A.M_ Est-ce que vous pourriez nous expliquer comment vous est venue l’idée de faire une pièce de théâtre là-dessus?

E.L_ C’est une question intéressante. Au départ, il y a une vingtaine d’année lorsque j’ai débuté l’enseignement, j’étais imitateur. En fait, j’aimais faire rire les gens. Je l’ai fait pendant une quinzaine d’années, et puis j’ai eu envie de passer à autre chose. Je m’étais beaucoup intéressé au développement personnel, et bien évidemment à mon métier en tant qu’enseignant, puis de directeur il y a environ 10 ans. Et l’idée m’est venue d’associer le rire et le développement personnel, pour présenter une pièce de théâtre qui aurait pour but de faire évoluer les consciences. D’où cette idée d’allier le rire au développement personnel, pour présenter une pièce de théâtre qui est originale. Peut-être courageuse aussi. C’est ce que certaines personnes me disent: “Vous êtes directeur, est-ce que ce n’est pas risqué?”. Mais jusqu’à maintenant personne n’est venue me voir pour me dire que ce n’était pas bien, que c’était “mal”. Et les choses évoluent bien : j’ai participé à deux festivals d’Avignon, avec un peu plus de 2000 personnes qui, au sein du festival ont vu cette pièce!

A.M _ Super! Qu’est ce que vous aimeriez que cela apporte? Qu’est ce que vous attendez de la vision de cette pièce? Quelle réaction attendez-vous du public qui vient le voir?

E.L _ Je n’ai aucune attente. J’ai envie d’offrir ma propre perception du monde. Ce qui est important, c’est de voir des personnes qui à travers cette pièce de théâtre et après l’avoir vu, vont réagir différemment et vont percevoir le monde d’une façon différente. Des personnes qui peuvent gagner en bienveillance par exemple, en empathie, sans juger les autres. Parce qu’on ne peut pas juger qui que ce soit. On ne connaît pas les gens, on ne sait pas ce qu’ils vivent. On ne connaît pas leur vécu. Donc, il y a ces notions de bienveillance et d’empathie qui sont importantes.

Et puis, j’ai envie de dire que le but de cette pièce de théâtre c’est aussi d’aider les enseignants qui encadrent nos futurs adultes à les accompagner, à ne pas les juger. Et à les aider à vivre debout, dans un monde en crise. C’est un monde difficile dans lequel nous évoluons, et je pense que notre façon d’être en tant qu’adulte, est déterminante. Je dis bien déterminante! Et je pense que le rôle d’un enseignant est de toujours encourager. De voir l’aspect positif qui existe dans chaque élève.

C’est vrai que nous avons été formés en tant qu’enseignants pour voir ce qui ne va pas. Lorsque l’on examine la copie d’un élève, on prend son stylo rouge. Donc, dès le départ, j’ai envie de dire que les choses sont un peu faussées. Donc, aider les enseignants à voir ce qui est positif chez un enfant: l’encourager, faire preuve d’empathie à être bienveillant et à lui faire comprendre qu’il a un rôle à jouer dans la société de demain. Et que quelque soit ses notes et son rythme d’évolution – qui peut être différent des autres élèves – il a ce rôle à jouer. Il est aussi important que les autres. Quelque soit ses notes à l’école! Je le répète car c’est important. D’ailleurs, le premier chapitre de mon livre “Ce que l’on ne vous apprend pas à l’école” est : Vous êtes plus qu’une note! On a l’impression que c’est presque une nécessité: il faut absolument cataloguer un élève pour lui trouver une profession. Pour dire: “Ca y est, il est casé, voilà ce qu’il va faire de sa vie!”. Non!

Un élève qui est en difficulté, s’il a 14 ans ou 15 ans, peut se révéler 10 ans plus tard, et briller en société. On évolue en permanence et notre rôle en tant qu’adulte est vraiment d’accompagner ces enfants à identifier leur passion, à découvrir qui ils sont réellement, et ce qu’ils ont envie d’apporter aux autres. Mais une chose est certaine, nous avons TOUS un rôle à jouer!

A.M _ Est-ce que vous pensez qu’en faire une pièce de théâtre, c’est faire en sorte que le message soit plus fluide?

E.L_ Tout à fait. C’est une pièce de théâtre dans laquelle je ne juge pas. Il ne s’agit pas de moral dans le sens où je dis aux gens ce qu’ils devraient faire. Je touche le coeur des gens. Je parle de mon expérience cette année – comme l’année dernière au festival d’Avignon – j’ai vu des gens sortir; et je revois encore le regard de cet homme qui est debout à une dizaine de mètre de moi. C’est sa femme qui est venue acheter le livre. Elle m’a dit: “Mon mari ne peut pas venir vous voir. Il est remué.” Il avait les larmes aux yeux…

Beaucoup de gens sont touchés. Et à partir du moment où l’on touche le coeur des gens, forcément, on va avoir une incidence sur leur vie. Mais sans avoir à leur dire ce quils ont à faire. Eux le savent de toute façon intérieurement.

A.M _ Et où peut-on vous retrouver? Y’a t-il des prochaines dates?

E.L _ Oui, il y a des prochaines dates qui sont prévues dans le sud de la Drôme, dans la région de Grès, ce sera le 13 octobre. Une autre qui devrait se confirmer pour le mois de novembre à Ville d’Yeux, ce sera dans le Sud Ouest tout près de Montauban. Et puis d’autres contacts qui sont à confirmer depuis ce début du Festival de l’Ecole de La Vie. On rencontre des gens intéressés, qui sont interpellés, et chaque rencontre est riche. On rencontre des gens différents qui ont envie d’en savoir un peu plus.

A.M _ Merci beaucoup Eric Lallau. On vous souhaite beaucoup de succès pour cette pièce. Et je vous dis à bientôt!

E.L _ A très bientôt! Merci.

 

Retrouvez l’intégralité de l’interview (audio) d’Eric Lallau au Festival de la vie en cliquant ici:

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Aurore Monard pour lalter-native.fr