photo: © Arnaud Vareille

 

 

Nathalie Rodary est l’inspiratrice du Leadership Humaniste. Elle accompagne depuis 25 ans les directions d’entreprise dans leur transformation individuelle et collective. Elle est également auteur et conférencière sur ces thématiques. Son livre, Nouveau Monde cherche nouveaux dirigeants – Leadership Humaniste publié aux éditions Trédaniel propose une nouvelle manière de concevoir l’entreprise et le monde, en revenant au cœur, et en y réintroduisant la conscience. Tout un cheminement qu’elle nous fait découvrir à travers ses mots au sein de cette interview pleine de sens.

 

 

 

 

Découvrez son interview pour lalter-native dans la vidéo ci-dessous:

 

Quels sont les grands événements de ta vie qui t’ont amené à écrire ce livre ?

Le mot Leadership Humaniste est arrivé dans ma vie à l’âge de 45 ans environ. Mais la démarche pour y parvenir a toujours été inscrite en moi. Je suis venue avec la conscience de ce que j’étais venue faire en ce monde, jeune. J’ai d’abord été angoissée quand je me posais la question du « comment faire ?»  Entre ce que je portais en moi et le monde tel que je le voyais, il y avait un grand écart. Je me sentais très seule face à cela.

Ma sœur Catherine m’a été d’une grande aide. Elle est dîte handicapée mentale. On a partagé la même chambre jusqu’à mes neuf ans. J’avais une connexion extrêmement forte avec elle. Même si la société la catégorisait comme handicapée mentale, elle n’avait rien en elle d’une anormalité. Elle portait une dimension extraordinaire en matière d’empathie, de bienveillance… C’est quelqu’un d’une bonté d’âme incroyable. Elle ne sait pas ce qu’est la méchanceté ni la jalousie envers les gens. Pour elle, cela n’existe pas. Elle véhiculait ces valeurs tout en ayant en parallèle de gros problèmes de santé, faisant face à beaucoup de rejet de la part de la société, ne pouvant pas rester dans le système scolaire à cause de son handicap, etc…

© Arnaud Vareille

J’avais d’un côté des figures dites d’autorité comme mes parents, ma maîtresse d’école, la famille élargie et la société qui se disaient « normaux » et très intelligents (car j’étais entourée de personnes ayant fait de brillantes études) et pourtant, je voyais que bons nombres de choses chez eux n’étaient pas congruentes. Paradoxalement, se tenait à mes côté quelqu’un que l’on qualifiait d’anormale alors que dans plein de dimensions, elle était incroyable, et les autres n’avaient pas cela. Ce questionnement « Qu’est ce qui est normal ? Qu’est ce qui n’est pas normal ? » m’est donc apparu très tôt. Je savais dans quel monde je naviguais avec grande joie, et dans lequel j’étais accueillie avec un amour inconditionnel. J’observais en revanche que dans l’autre monde, cela n’était pas le cas du tout. J’avais également une grand-mère qui avait un sacré leadership, toujours à l’avant-garde, décédée à l’âge de 101 ans. J’ai donc démarré avec ces bases et je savais qu’il fallait que j’en fasse quelque chose.

 

Ce questionnement « Qu’est ce qui est normal ? Qu’est ce qui n’est pas normal ? » m’est apparu très tôt.

 

D’autres événements ont impacté mon parcours : notamment à 7 ans, quand j’ai commencé à lire. Cela a été une ouverture au monde. Je savais que j’avais accès grâce aux livres à tous les mondes que je souhaitais découvrir.

Quand j’étais en 5eme, j’entrevoyais déjà que ce que je portais était spirituel : je me suis documentée sur les différentes religions, mais je ne m’y retrouvais pas du tout. L’un de mes cousins, en études de médecine m’a conseillé de découvrir un ouvrage sur les guérisseurs. Ces derniers, en Asie, guérissaient avec leurs mains et pratiquaient des opérations sans intervention chirurgicale, donc, sans ouvrir le corps de la personne. Cet ouvrage m’a ouvert la porte vers l’Asie et m’a amené un nouveau regard sur les choses, une façon d’être différente, une autre conscience. C’est cela que je cherchais. J’ai vite fait le lien avec le Bouddhisme, et cela ne m’a plus quitté. Pour moi, c’est une voie d’enseignement vers la conscience. Je me suis dit que c’était cela que j’étais venue faire.

 

« Si la conscience n’est pas suffisamment éclairée, les têtes ne peuvent pas créer de mode d’organisation ou de société dans cette dimension de lumière et de joie. »

 

Mon milieu familial m’a ensuite poussé à faire une école de commerce. Très vite s’est dégagé le fait que je m’adressais « aux têtes ». Enfant, je préférais échanger déjà avec les « figures d’autorité ». Je passais mon temps à parler avec les parents de mes amis au lieu d’être avec les enfants de mon âge. J’ai ensuite compris que je parlais « aux têtes » pour les reconnecter au cœur, à la conscience. Quand j’ai terminé mon école, je me suis lancée. Je l’ai fait 6 ans en tant que salariée, mais le monde n’était pas prêt pour un tel propos. J’ai donc créée une première entreprise, puis, le reste s’est enchaîné. Quand on est à la tête de quelque chose, on a un impact énorme sur les autres en terme de responsabilité. Si la conscience n’est pas suffisamment éclairée, les têtes ne peuvent pas créer de mode d’organisation ou de société dans cette dimension de lumière et de joie. Ce n’est pas possible.

Penses-tu que le monde de l’entreprise est prêt à ce changement aujourd’hui ?

Aujourd’hui, oui, il est réceptif. Enfin !

Evidemment, je n’ai travaillé jusqu’à aujourd’hui qu’avec des entreprises où de base, existait cette réceptivité, sinon, cela n’aurait pas été possible. Jusqu’à il y a peu, il y avait des mots néanmoins que je ne pouvais pas employer : éveil de conscience, leadership humaniste … Beaucoup trouvait ce dernier terme antinomique. En privé, je pouvais les énoncer. Mais au niveau des entreprises, cela a mis plus de temps. L’ouverture est là aujourd’hui. Mais pas depuis longtemps.

Certains emploient ces mots depuis un moment néanmoins : Pierre Rabbhi, Le magazine Nexus, en sont des exemples. Mais cela reste à une échelle encore intimiste. Nicolas Hulot a pu déployer sa conscience écologique parce qu’il a une étiquette  « environnement », donc, cela était accepté dans ce milieu.

Aujourd’hui, les barrières entre les mondes tombent parce que nous nous apercevons que cela fait partie du même monde. C’est un seul et même monde. Les barrières n’ont jamais existé. L’entreprise -et toute activité en général- est l’endroit par excellence pour mettre cela en œuvre. Quand on reste dans le domaine des idées, le risque est de rester dans l’idéologie. L’idée pour l’idée. Mais, elle n’est pas mise concrètement en œuvre dans la matière. Or, notre voyage spirituel est là pour incarner le spirituel sur la Terre. L’immatériel est venu prendre une forme pour se réaliser. Où ailleurs qu’au sein des entreprises, met-on autant d’idées en œuvre ? Nulle part. Dans le domaine intellectuel, cela reste des discours et des livres. Cela demeure important, mais si on en reste à cette étape, nous n’allons pas au bout du processus. L’entrepreneuriat est donc une bonne manière d’inscrire ce processus dans la réalité du monde. C’est un réel outil de transformation. Le monde politique devrait l’être aussi. Mais il est encore enfermé dans des idéologies, des systèmes morts ou moribonds, qui ne correspondent à aucune réalité. Cela enferme les gens dans une division : on ne peut pas se revendiquer d’une division pour dire ensuite « Je représente le tout ». Cela n’a pas de sens. Tant que les systèmes en place ne se transformeront pas, nous aurons du mal à y arriver par ce biais-là. C’est pourquoi, cela peut passer par les entreprises.

Pourquoi l’être humain s’est-il autant distancé du cœur pendant de nombreuses années, et observe-t-on aujourd’hui un retour, à cette dimension ?

Je pense que depuis des millénaires les religions ont fait un mal terrible.  Elles ont séparées le masculin du féminin pour en faire une dualité qui a complètement déséquilibré l’ordre des choses. En mettant l’un au-dessus de l’autre. Cela ne correspond à rien : le masculin et le féminin font partie du monde, il y a autant de femmes et d’hommes qui naissent. Si l’expérience terrestre avait dû être une expérience sans dualité où non sexuée – homme/femme-, cela serait autrement. Par peur, l’un a pris la domination sur l’autre.

Quand on se projette jusqu’à aujourd’hui, peut-être que cela pouvait faire sens à un certain moment. Cela produit ce que l’on connait : la façon dont cela a été transmis et le vécu n’est donc pas juste. Et il n’y a pas eu de réactualisation : c’est-à-dire, repenser cela en accord et en cohérence avec notre monde. Nous sommes arrivés aujourd’hui au bout d’un système. Nous sommes dans une totale impasse. Si on continue tel que nous sommes et encore plus nombreux encore, dans cette même direction, à fonctionner et à penser de la même manière,  individuellement et sur toute la planète, nous allons nous auto-détruire et tout auto-détruire.

Donc, la conscience se réveille un peu partout, grâce – car il faut cela malheureusement- à des attentats, des tsunamis, des tempêtes, etc… Car sauf pour les gens ayant déjà atteint un certain état d’éveil, certaines personnes ont besoin de chocs violents pour se réveiller. C’est ce que nous traversons aujourd’hui.

 

« La conscience se réveille un peu partout, grâce – car il faut cela malheureusement- à des attentats, des tsunamis, des tempêtes, etc… Car sauf pour les gens ayant déjà atteint un certain état d’éveil, certaines personnes ont besoin de chocs violents pour se réveiller. C’est ce que nous traversons aujourd’hui. »

 

Peut-être que l’humanité est venue pour grandir sur Terre et que son niveau pour réaliser le pas suivant c’est ce saut de conscience là. Nous n’avons plus le choix : soit nous n’existons plus dans quelques centaines d’années, ou ce passage à une dimension plus éclairée va faire que nous allons continuer à être de manière complètement différente.

Est-ce que pour toi, il y a une forme de rééquilibrage à effectuer, car nous aurions été dans un extrême, et qu’il faut revenir à un état d’équilibre ?

Nous sommes complètement dans un extrême. Mais il ne s’agit pas de passer dans un extrême inverse qui serait également un non-sens et une violence. Il s’agit effectivement d’être dans un équilibre, dans un rapport à la vie et ce qu’elle est, en équilibre. Nous ne produirions pas par exemple les produits actuels, les comportements que l’on a, les systèmes de pensées/politiques/religieux présents… Ce qui ne tiendrait pas la route ne serait pas créé. Cela ne sortirait pas d’esprits qui seraient dans une conscience plus éclairée. Ce n’est pas possible.

 

« Il s’agit effectivement d’être dans un équilibre, dans un rapport à la vie et ce qu’elle est, en équilibre. Nous ne produirions pas par exemple les produits actuels, les comportements que l’on a, les systèmes de pensées/politiques/religieux présents… Ce qui ne tiendrait pas la route ne serait pas créé. »

 

Mais cela suppose d’avoir fait un chemin car nous ne pouvons pas être éclairés sur un chemin que nous n’avons pas fait nous-même.

Donc, le changement doit d’abord venir de l’intérieur ?

Oui. Même si les gens aimeraient que cela vienne de l’extérieur, nous avons tout pouvoir sur nous, mais nous n’en avons pas sur l’extérieur.

Il doit être individuel et collectif.

Car, si cela n’est que du collectif, il n’y a pas d’assise. Donc, cela peut amener toutes les dictatures ou toutes les propositions sociétales qui ne sont que collectives. Nous avons testé le communisme où nous avons tenté de créer quelque chose de commun, mais cela engendre une certaine forme d’uniformité. Si tu ne crées que le Un, l’individu, cela peut donner à l’inverse des sociétés comme la nôtre. On va donc sur de l’individualisme, mais qui n’est plus relié, et n’a donc plus aucun sens également.

L’assise est donc individuelle car il ne peut pas y avoir une conscience collective ne reposant pas sur une conscience individuelle. Mais une conscience individuelle qui ne serait pas relié aux autres consciences… Je ne sais pas ce que c’est !

Donc, oui, dans tous les cas, le chemin commence par soi.

Dans ton livre, tu écris : « Ce chemin d’éveil pas nécessairement spirituel, est déjà une étape à ce qu’il aide souvent les personnes à se débarrasser de ce qui les tord ». Pour toi quelle est la principale source de distortion intérieure dont on doit se débarrasser pour faire ce chemin ?

Les Bouddhistes appellent cela l’Ego qui correspond à l’illusion. Compris par un Français, l’Ego c’est « Le coq dans la basse-cour. » Mais l’Ego est pourtant beaucoup plus large que cela. Dans la compréhension bouddhiste, c’est ce sentiment entre moi et le reste. Et prendre ce monde matériel et visible pour une réalité, alors que pour eux, elle est illusion. Nous restons derrière l’illusion de la forme au lieu d’avoir cette conscience.

Toutes les croyances que nous avons ingérées depuis notre plus tendre enfance : « On ne parle pas aux gens que l’on ne connaît pas », « l’argent c’est sale », « une femme doit avoir des enfants pour se réaliser », etc… Toutes les croyances que nous avons acquises dans notre propre famille au cours de notre éducation, dans le pays où nous sommes de par notre propre culture, par les études que l’on a faites qui nous ont formatées et conditionnées… Bien sûr, il y a du bon aussi dans tout cela, mais encore faut-il être capable d’avoir cette liberté d’esprit de savoir distinguer ce qu’il l’est de ce qu’il n’est pas. Ne pas prendre pour argent comptant ce qui relève du relatif ou de l’absolu. Par exemple l’eau n’a pas le même nom suivant le pays où tu vas –cela peut être agua en Espagne, water en Anglais, etc…- c’est du relatif. La nature intrinsèque de l’eau (le fait qu’elle désaltère, lave, etc…) c’est absolu. Beaucoup de gens ne savent pas faire la part des choses entre ce qui est de l’ordre du relatif et de l’absolu.

Cela créé aussi toutes les peurs, et en particulier la peur de vivre : les personnages que nous nous sommes construits – quand nous nous sommes pris pour une identité- provoquent une séparation entre moi et les autres. Nous avons plein de peurs : peur du quand-dira-t-on, peur d’être jugé, la jalousie… Toutes ces choses nous enferment et nous mettent des voiles. Comme une lumière sur laquelle tu aurais posé plein de tissus dessus… Ensuite, cela ne rayonne plus. Donc, nous sommes invités à les enlever, retirer les couches. Ce n’est pas quelque chose que tu vas chercher à l’extérieur. C’est se débarrasser de ce qui est relatif et n’a pas de cohérence. Beaucoup de choses devraient être questionnées au lieu d’être pris pour argent comptant.

 « Beaucoup de choses devraient être questionnées au lieu d’être pris pour argent comptant. »

 

On retrouve au fil de tes pages la question de la cohérence et comment celle-ci selon toi est liée au cœur…

La vision au cœur, c’est ce que nous sommes. C’est voir au-delà de tous les voiles ou de l’aspect physique matériel des choses. Quand nous sommes reconnectés à ce cœur-là qui est indépendant de l’environnement, tout ce que tu vas faire – l’entreprise que tu vas créer- va être fait avec cela, donc, en cohérence. Avoir cette conscience au cœur, de qui nous sommes réellement, et savoir voir au cœur des choses ou des événements au-delà de ce qui paraît apparent… Tout ce que nous faisons à partir de ce cœur dans le monde réel – lalter-native en est un exemple : c’est une projection de toi, de ce cœur au monde qui prend une réalité très concrète. Si on ne sait pas voir au cœur soi-même, les autres, ou quoi que ce soit, tout ce que l’on va vouloir projeter en grand sera décalé. Parce qu’on sera éloigné de son cœur. Au début, on peut avoir l’impression que la distance n’est pas très grande, mais quand tu te le projettes en grand et dans le temps, c’est là que la distance devient conséquente. Cela peut-être également la réponse au pourquoi nous nous sommes tellement éloignés du cœur depuis si longtemps. Peut-être que nous nous en sommes tellement éloignés, qu’aujourd’hui, on dit stop ! Il est urgent d’y revenir.

 

« La vision au cœur, c’est ce que nous sommes. C’est voir au-delà de tous les voiles ou de l’aspect physique matériel des choses. Quand nous sommes reconnectés à ce cœur-là qui est indépendant de l’environnement, tout ce que tu vas faire , va être fait avec cela, en cohérence »

 

L’argent est parfois tabou. Tu expliques pourtant qu’elle n’est qu’une énergie neutre qui ne s’oppose pas du tout à la générosité, l’humanité, etc…

© Arnaud Vareille

Je ne suis pas une spécialiste de ce thème. Ce que je peux dire c’est que l’argent est une énergie qui circule. Nous sommes des êtres d’échange. Tout le principe du vivant fonctionne sur ce système – des cellules, des animaux, de la nature… On inspire, on expire. L’inspiration est le principe féminin, l’expiration, masculin. Quand on ne fait que du masculin comme nous le faisons aujourd’hui, nous sommes à bout de souffle. De même que si on inspire sans cesse, ce n’est pas congruent. L’argent fonctionne sur le même mode : cela va et vient. Si mon intention n’est pas bonne, ce que je ferais de cette énergie sera calquée sur mon intention. Donc, cela ne pourra pas produire de bonnes choses. Notre rapport à l’argent est un excellent miroir de toutes les dimensions égotiques que l’on a à travailler : si on a toujours trop d’argent et qu’on le cache sur le côté, ou si on n’en a jamais assez… C’est très intéressant d’aller questionner cela pour comprendre ce que cela révèle de nous.

 

Nouveau monde cherche nouveaux dirigeants – Leadership Humaniste est un livre tourné sur la spiritualité. Dans les premières pages, tu nous parles de « saut quantique de conscience ». Tu choisis pourtant au début de ton livre de faire parler deux dirigeants d’entreprise : Pierre Bellon, créateur de Sodexo en préface et Patrick Pirazzoli, dirigeant de Quatrebis. Pourquoi trouve-ton dans ton ouvrage cette porte d’entrée sur ces dirigeants d’entreprise alors qu’ensuite, tu nous emmènes sur un propos plutôt spirituel ?

Pierre Bellon est un monsieur qui a démarré à Marseille il y a environ 60 ans. Il est parti de rien. Il a voulu créer une entreprise. De 0 salariés, son entreprise emploie aujourd’hui 480 000 personnes dans le monde. C’est une remarquable incarnation de ce qu’une idée portée par un homme peut donner, en grand, au monde. Fondamentalement, il a toujours été soucieux du progrès humain. Il y a une obligation pour les entreprises d’engager X% de la masse salariale dans la formation. Chez Sodexo ce pourcentage est bien au-dessus. C’est quelqu’un qui a toujours cherché à progresser lui-même en tant que dirigeant pour pouvoir faire progresser son entreprise. Il a donc compris que l’humain est au cœur. Si l’humain ne progresse pas, ce qu’il fait ne progresse pas. Si le dirigeant ne progresse pas, son entreprise ne progresse pas. Si un Président de la République ne progresse pas, la société ne progresse pas. Si les parents ne progressent pas, la famille peut être le pire des endroits. Etc.

 

« Si l’humain ne progresse pas, ce qu’il fait ne progresse pas. Si le dirigeant ne progresse pas, son entreprise ne progresse pas. »

 

Pierre Bellon a lu le livre et a proposé d’en faire la préface ce qui est pour moi un cadeau extraordinaire car c’est une excellente incarnation du Leadership Humaniste.

Quand à Patrick Pirazzoli, c’est un multi-entrepreneur qui a été à la tête de grosses boîtes (3M, Toshiba médical, etc…). Notre rencontre s’est faite au sein du club « APN Leadership Humaniste » que j’avais monté. C’est donc un dirigeant qui l’incarne et qui témoignage du fait que quels que soient les secteurs ou les entreprises qu’il a dirigé, le Leadership Humaniste – même s’il ne connaissait pas le nom au départ- l’avait toujours guidé. Il a reconnu la démarche qu’il porte, dans mes mots. Ce que je trouve intéressant, comme nous pouvons le retrouver dans votre livre Je rêve d’un autre monde, c’est l’incarnation des choses.

Nous sommes nombreux sur ce chemin. Le mérite de Nouveau Monde cherche nouveaux dirigeants, est d’avoir mis un mot sur cette démarche qui s’appelle le Leadership Humaniste. Les gens peuvent se reconnaître.

 

« Nous sommes nombreux sur ce chemin. Le mérite de Nouveau Monde cherche nouveaux dirigeants, est d’avoir mis un mot sur cette démarche qui s’appelle le Leadership Humaniste. »

 

Tu défends l’idée d’un Leadership Humaniste. Quelles sont pour toi les qualités à développer ou nourrir pour y parvenir ?

-La conscience de Soi est la première qui répond à la question : que suis-je venu faire sur Terre ?

– Continuer sur ce chemin à avoir une vigilance à ne se laisser enfermer dans rien, aucune pensée. Savoir distinguer ce qui est réel de ce qui ne l’est pas, ce qui est au cœur, de ce qui est en périphérie.

Donc, progresser soi-même dans cet éveil : car la voie du Leadership Humaniste est un chemin, sur lequel on ne s’arrête pas. C’est comme un halogène : on peut allumer toujours un peu plus fort la lumière. Si tu penses que c’est comme un diplôme que tu passes une bonne fois pour toute, et que tu vas arriver, tu passes à côté de la démarche.

Le Leadership Humaniste rejoint la conscience et revient à la liberté d’être soi. Pour un pays qui revendique « Liberté, égalité, fraternité », le mot liberté s’est très largement perdu en route et s’est dévoyé. Il y a beaucoup plus de personnes vivant sur un mode de « personnages construits » que dans une réelle conscience de soi. Ils pensent donc qu’être libre c’est : « Je fais ce que je veux, quand je veux, si je veux, où je veux… ». Cela ressemble plus à de l’immaturité qu’à de la liberté. C’est de la non-conscience.

 

« Le Leadership Humaniste rejoint la conscience et revient à la liberté d’être soi. »

 

Quand on est sur ce chemin de liberté, on créé des choses. Ces choses sont faites en conscience, donc, sont forcément bénéfiques au monde, sinon, on n’est pas dans un Leadership Humaniste. Tout le monde a un rôle à jouer. On est à sa juste place au monde dans ce que l’on a à faire, individuellement ou collectivement, peu importe la taille de nos activités. Et puis, on est libre, c’est-à-dire : j’ai mis en place tel système, ce système nous a bien servi, maintenant, il n’est plus bon, donc, on en change. Que ce soit le système des retraites, de sécurité sociale, le système d’enseignement, politique, de transport… La vraie liberté, c’est cela. Quand on est dans le Leadership Humaniste, nous ne sommes pas figés. On peut être dans le mouvement, car nous sommes connectés à ce cœur-là qui lui est invariable. Le reste, c’est l’impermanence.

 

Par rapport à cette libération de l’être, il y a cette connexion au cœur qui est importante. Y’a-t-il pour toi d’autres clefs pour procéder à cette libération ?

– Se voir en grand : quelle est l’ambition que je nourris ? L’ambition est un très beau mot car c’est se demander « Qu’est-ce que je porte en moi ? ». Pour certains c’est une entreprise, pour d’autres cela va être dans l’agriculture, pour toi c’est faire partager à travers lalter-native et les livres, etc… C’est imaginer en grand tout ce que cela peut donner de bon. Car la vie est un jeu de création. Donc, tu peux lui donner toutes les formes que tu veux. La forme peut changer, mais le cœur est toujours le même.

– Après le vrai chemin du Leadership Humaniste, c’est comment tu projettes en grand ce cœur en toute cohérence, en lâchant tous les voiles : en te libérant de tout ce qui empêche cela d’être.

 

« Dans un parcours, il y a des étapes « clefs » qu’il ne faut pas louper : se voir au cœur, se voir en grand et transformer en cohérence entre les deux, il n’y a pas d’autre voie que celle-ci. »

 

© Arnaud Vareille

Dans un parcours, il y a des étapes « clefs » qu’il ne faut pas louper : se voir au cœur, se voir en grand et transformer en cohérence entre les deux, il n’y a pas d’autre voie que celle-ci. Au niveau des outils, pour se voir au cœur, j’invite les personnes à aller voir une personne qui sait « voir au cœur », car il y a beaucoup d’imposture. Donc, si tu vas demander à y voir clair à une personne qui ne sait pas voir clair en toi, cela démarre mal. Une fois que l’on t’aide à voir au cœur et que tu sais ce qu’est ce cœur, tu te reconnectes. Les outils sur la voie de la transformation – suivant si tu es tout seul, ou que ce soit une entreprise – sont différents pour chacun. Il faut être un artiste. Tel outil peut bien aller avec telle type d’organisation ou telle personne et tel autre peut ne pas fonctionner. Car tu as des « spécialistes d’outils » qui veulent te coller l’outil chez tout le monde ! Mais non. Quand tu travailles sur la transformation, tu n’es pas un vendeur d’outils. Tu es l’artiste qui est capable de choisir le ou les bons outils pour tel individu ou tel collectif. Parce que l’œuvre d’art, c’est chez eux qu’elle se trouve. Ce n’est pas toi qui la façonne. Donc, il faut être garant du processus et de la vision clair au cœur et en grand. Et du juste processus de transformation. Mais il ne faut pas faire un dogme de l’outil.

Le ressenti est un excellent GPS : si tu vas voir quelqu’un ou que tu fais quelque chose avec quelqu’un et que tu es touchée au cœur. Si une émotion te traverse, cela te dis que c’est juste. Ce n’est pas la tête qui doit faire le choix.

 

« Une fois que l’on t’aide à voir au cœur et que tu sais ce qu’est ce cœur, tu te reconnectes. »

 

Tu nous parles de ce « Nouveau Monde » : comment le vois-tu ? Quel en serait ses caractéristiques ?

Si tu prends le film « Avatar », tu as la planète Terre, et tu as « Pandora », la planète des Navis. Tu as un monde sous-évalué en humanité qui est notre planète Terre, et un monde en conscience très évolué. Cela peut être une image. Je pense que dans ce « Nouveau Monde », nous serions tous rayonnants. Eclairés de l’intérieur et éclairant pour les autres. C’est pour cela que j’ai parlé du « sens du beau » qui reviendrait. Quand on voit la manière dont sont construites nos villes, de façon difformes, avec du béton, etc… Nous nous en accommodons, mais finalement, c’est très moche. Il n’y a pas de beauté. Un « Nouveau Monde » est forcément beau, au niveau relationnel aussi, à regarder aussi, ce que l’on mange est beau et bon, les écosystèmes sont préservés… C’est le retour du beau et cette liberté d’être au monde est partagée. Avec un système d’enseignement qui n’est plus rien à voir avec ce que l’on connaît : c’est-à-dire que notre système d’enseignement devrait être comme un jardinier qui arrose, et cela devient de superbes plantes. Il faut de supers jardiniers bien payés, mais de très bons jardiniers.

 

« Dans ce « Nouveau Monde », nous serions tous rayonnants. Eclairés de l’intérieur et éclairants pour les autres. »

 

Page 167, tu dis que ceux qui ont nourrit leur Leadership Humaniste font moins de bruit que la moyenne. Pourquoi as-tu observé cela ?

Le Dalaï-Lama disait : « Le bruit ne fait pas beaucoup de bien, et le bien ne fait pas beaucoup de bruit. » Nous sommes dans une société de bruit, nos médias aiment passer en boucle ce qui fait peur et ce qui l’entretient. Comme s’ils étaient démunis à déployer la joie. La générosité serait plutôt de partager le bon qui nous habite, et non pas de partager le mauvais de nos pensées. Je pense que l’on manque de figures d’autorité, de personnes qui n’ont l’envie de nourrir les autres qu’avec du bon. Si c’était le cas, certaines émissions de télévision n’existeraient pas. Aujourd’hui, partager du mauvais parce que cela va faire du bruit et donne un sentiment d’exister pour mon Ego à moi, c’est sans doute cela le problème. Beaucoup de gens ont un stress avec la vie, ne se sent pas vivant. On a l’impression que pour exister ou se sentir vivant, il faut faire des choses extrêmes, ou parler de choses qui « cognent », mais… dès l’instant où nous sortons du ventre de notre mère, nous sommes vivants ! Il n’y a rien besoin de faire pour cela. Beaucoup de personnes traversent la vie sans être vivants et ont l’impression de vivre si on leur renvoie des tas de choses qui font beaucoup de bruit, et si eux-mêmes en font. Cela leur donne un sentiment d’existence. Ce sentiment d’existence existe parce qu’il y a une déconnexion totale au réel soi.

 

« Beaucoup de personnes traversent la vie sans être vivants et ont l’impression de vivre si on leur renvoie des tas de choses qui font beaucoup de bruit, et si eux-mêmes en font. Cela leur donne un sentiment d’existence. Ce sentiment d’existence existe parce qu’il y a une déconnexion totale au réel soi. »

 

Penses-tu que quand on revient au cœur, nous n’avons pas besoin de cette reconnaissance et que c’est pour cela que nous n’avons pas besoin de faire du bruit à outrance ?

Je fais un atelier qui s’appelle « Se connaitre, se re-connaître ». Car quand on se connaît, on se re-co-naît. C’est le miroir qui se regarde, et qui se dit « Oui, c’est moi cela. Je me reconnais ». Donc, la reconnaissance, la vraie, n’est pas celle que tu vas chercher à l’extérieur. Imaginons que tu décides de m’affubler de toutes les catégories négatives que tu as sur moi. Si je ne me connais pas très bien et que je fais dépendre la perception de qui je suis de ta vision qui ne peut pas me voir pour X raisons, où est la liberté ? Si tu attends la reconnaissance de l’extérieur, tu ne sais pas qui tu es. Si tu sais qui tu es, la reconnaissance viendra de toi. La première reconnaissance, c’est tendre un miroir à l’âme de qui nous sommes et de se dire que oui, cela c’est moi. Je me reconnais, donc, je me reconnecte.

 

« La première reconnaissance, c’est tendre un miroir à l’âme de qui nous sommes et de se dire que oui, cela c’est moi. Je me reconnais, donc, je me reconnecte. »

 

Nathalie, un petit mot de la fin ?

Merci pour ce que tu fais pour lalter-native. Merci de donner une existence à qui tu es sous cette forme, parce que cela permet de partager en grand. Je suis ravie d’y contribuer. Merci pour ce que tu donnes de toi. Avec le cœur vient le courage, qui est le courage d’être soi et donc de donner au monde. C’est cela la vraie générosité. Qui je suis moi ? Aurore. J’ai envie de le donner sous cette forme aujourd’hui, cela s’appelle lalter-native et je le fais jusqu’au bout. Donc, cela se donne. Donc, c’est transmis. Donner ce que nous sommes au cœur, c’est cela la voie du Leadership Humaniste. Tu es sur cette voie, et je t’en remercie grandement.

Propos recueillis par Aurore Monard

 

Retrouvez Nathalie Rodary, sur le site du Leadership Humaniste ici:

 http://leadership-humaniste.com/