Le 27 Novembre, à Saint André de Sangonis à côté de Montpellier, est prévu un événement atypique. Parti du constat simple que les fruits que l’on propose à la population sont soit chers, soit de mauvaise qualité, Clément Grau prend un jour sa webcam pour exprimer son indignation. Il n’imaginait pas que le coup de gueule qu’il allait passer sur internet prendrait une telle ampleur! Dans la vidéo qu’il poste à l’époque, il propose l’idée selon laquelle il faut replanter des arbres fruitiers pour permettre à tous d’accéder à des produits frais, sains, gratuits et de qualité. Dans un cri du coeur, il lance « Allons-y tous! Lançons une Fruit Invasion »! Contre toute attente, son appel est entendu et relayé sur les murs des réseaux sociaux. L’opération « Fruits Invasion » est née. Porté par les nombreux témoignages de soutien et l’accord de sa municipalité, il créé un Festival pour mettre son idée en oeuvre avec le plus grand nombre de personne et la concrétiser! C’est un véritable mouvement citoyen qu’il a lancé. La graine a porté ses fruits!

lalter-native.fr a été rencontrer Clement Grau pour qu’il nous parle de son incroyable idée et de son festival qui se déroule dans quelques jours à quelques kilomètres de Montpellier…

L’Alter-Native : Bonjour Clément GRAU. Vous êtes à l’initiative du festival « Fruits Invasion ». Est-ce que vous pourriez nous raconter ce qu’est « Fruits Invasion » ?

Clément GRAU – La « Fruits Invasion », c’est envahir la France d’arbres fruitiers. C’est planter massivement dans toutes les villes de France des arbres fruitiers, des pieds de vigne, des baies… C’est envahir la France, mais plus exactement les villes et les villages. C’est aussi créer des événements dans les villes. C’est un acte citoyen bien sûr, la « Fruits Invasion » ! On appelle des milliers de gens à planter des arbres. Planter dans des villes, mais aussi dans les campagnes pour les villes qui ne nous ouvrent pas leurs portes. Commencer à planter là où les gens ils sont, où ils peuvent sortir, prendre le bus et voir des arbres fruitiers. Et aussi mettre de grands vergers dans les villes… C’est à long terme rendre une nation fruitière. Et que la spéculation des fruits dans le domaine du commerce cesse. Qu’il n’y ait plus non plus de cultures toxiques, qu’on ne vende plus des fruits toxiques, et que la vente des fruits tout simplement cesse.

C’est aussi changer les mentalités : faire rentrer dans l’Education Nationale la culture des fruits et des arbres. C’est-à-dire sensibiliser un peu plus les humains à l’importance d’avoir des fruits et légumes sains, de qualité et en abondance.  Et si possible que les fruits soient gratuits.

LAN- D’accord. Donc, l’intérêt c’est que les fruits soient gratuits, et il y a un intérêt également pour la santé si j’entends bien ?

CG- C’est ça. La santé, c’est un des piliers. Même si la nourriture, cela ne fait pas tout, mais c’est au moins un des aspects. On nous dit « Mangez 5 fruits et légumes par jour », on est conscient qu’il en faut. Donc, nos autorités Européennes le savent, mais en même temps, elles ne donnent pas les outils qu’il faut aux gens. Elles ne donnent pas de quoi manger les 5 fruits et légumes de qualité. Parce que, manger 5 fruits et légumes, c’est bien, mais si ils sont toxiques, et qu’ils sont cueillis avant d’arriver à maturité, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas les vitamines, les antioxydants et tout ce qui va avec… Ce n’est pas pareil ! Par contre, les molécules de synthèse, les molécules chimiques qu’il y a dedans, on en avale pas mal. Donc, on ne nous donne pas les moyens !

LAN- Est-ce que c’est également une manière de lutter contre les cultures où il y a beaucoup de pesticides, aujourd’hui ?

CG-  C’est un projet à la base qui est un peu utopique : mettre sur 50 à 60 ans 4 milliards d’arbres fruitiers… Mais c’est un projet citoyen et politique et il faut que les deux se rejoignent, il faut qu’il y ait une volonté des deux côtés. Donc, oui, il y aura un moment, cela va rejoindre cette idée et quelque part, on va lutter contre ça également.  Même si je n’irai pas personnellement empêcher les gens ou les agriculteurs sur un terrain agricole d’épandre leurs produits chimiques sur des arbres fruitiers dans lesquels il y aura un quota pour spéculer sur le prix et tout…  Mais en parallèle, c’est sûr que ça doit disparaître quoi.

LAN- C’est le but un petit peu de la démarche. C’est l’envie derrière.

CG- Oui.

LAN- Est-ce que tu peux nous expliquer comment t’es venu l’idée de créer une opération comme « Fruits Invasion » ?

CG- Il y a à peu près 3 ans de cela, j’habitais au Grau Du Roi. Je m’intéressais pas mal à vouloir manger des fruits et des légumes. Mon but était d’en avoir un maximum. Et donc, j’allais comme tout le monde prendre mes fruits et légumes. Au mieux que je pouvais, je prenais des fruits et légumes bio, mais pas tout le temps car je n’en avais pas les moyens. Mais sinon, si je trouvais des fruits convenables ailleurs, je les prenais. Même dans les supermarchés, tout ça… Et je me suis aperçu que c’était tout simplement aberrant : que ce n’était pas accessible, que les produits étaient souvent de moindre qualité. Je me suis aperçu par exemple que dans les magasins bio, on nous présentait des fruits parfois, hors prix ! Quelquefois, je commençais même à voir des fruits bio qui n’étaient pas bons : ok, il n’y avait pas de pesticides, mais par contre, la qualité laissait à désirer.  Et là j’en ai eu marre quoi ! Dans la logique, j’avais un néflier et un figuier dans mon jardin et j’allais manger leurs fruits. Et je me suis dit : si au moins, cela pouvait être comme ça pour les poires, pour les cerises, et tout simplement vivre ça… Et puis voilà : j’ai poussé un coup de gueule et j’ai dit stop ! J’ai pris ma caméra, et j’ai dit « Allons-y tous ! Opération « Fruits Invasion » ! ». On a qu’à planter et envoyer ce système qui nous vend des fruits de plus en plus chers, de piètre qualité, des fruits toxiques ! C’était vraiment un cri de désespoir ! Je n’y croyais pas du tout. C’était une manière de pousser mon coup de gueule. Et ça a fait son petit chemin. Mais à la base, c’est un ras le bol qu’il n’y ait pas l’abondance. On parle de prospérité, mais on n’est pas prospère. On n’a pas des fruits abondamment…

ALN- Est-ce que l’on peut comparer « Fruits Invasion » aux « Incroyables Comestibles » qui proposent un petit peu la même chose aux Etats-Unis ?

CG- Oui. Quand j’ai fait « Fruits Invasion », j’ai appris l’existence de pas mal de démarches comme celle-là. J’étais un peu dans mon coin au départ, et puis on m’a parlé des « Incroyables Comestibles », mais aussi d’ « Urban Garrigues » par exemple. On m’a montré qu’il y avait pas mal de choses. Donc, oui, cela s’inscrit dans la même dynamique. Les incroyables comestibles, ils plantent des légumes dans des bacs.  Et bien, la « Fruits Invasion » c’est planter des arbres fruitiers. Bon, à côté j’en parle moins mais ce que l’on veut, c’est aussi planter des fleurs et des jardinières de légumes. C’est en second, mais c’est juste la logique. Je n’ai pas voulu mettre « Invasion de Fruits et Légumes », j’ai juste mis « Fruits Invasion », mais c’est dans la même idée. Ca se complète en fait.

ALN- Tu me disais que tout étais parti d’un coup de gueule. Est-ce qu’après les gens t’ont suivi facilement ou est-ce que ça a été difficile de créer ce festival ? Comment cela s’est passé ?

CG- Ca a commencé par Youtube, et la page Facebook « Fruits Invasion ». De plus en plus de gens cliquaient sur « J’aime ». Sur la page Facebook de Fruits Invasion, à chaque fois que l’on clique sur « j’aime », on s’engage à planter un arbre ! Là on est 3500 ou pratiquement 4000. Donc, il y a pas mal de gens qui plantent pas mal d’arbres du coup ! On a reçu pas mal d’encouragements sur Youtube. Certains ont proposé de m’aider pour faire un site internet, un logos, … Il y a maintenant un bureau qui s’est créé également il n’y a pas très longtemps, et il y a une association « Fruits Invasion ».  On peut devenir membres. Car on veut pouvoir créer un mouvement, une armée de « planteurs d’arbres ». Au début je n’étais pas très « chaud » pour la création de l’association, mais il s’avère que l’on n’a pas trop le choix : car c’est vrai que suivant ce que l’on veut faire, on demande une entité officielle. Donc, il fallait qu’on le fasse. Et puis au moins, les gens peuvent s’inscrire comme membres, car on estime que plus on sera de membres, plus on aura du poids et on sera mobilisé. On poussera tous des coups de gueule ensemble ! Donc, ça a grandi au fur et à mesure. Pour ce premier festival, oui, il y a eu des galères. Ca n’a pas été facile. Mais ce n’est pas grave, on apprend aussi au fur et à mesure sur comment créer un événement vu qu’on était un peu novice dans le domaine. On apprend de nos erreurs, et on apprend comment rectifier. De toutes façons, plus on va faire, plus on aura l’expérience et plus on sera efficace. Mais là pour le premier, pour le 27, on va tous se rejoindre là-bas et on va planter pas mal d’arbres. Ce sera une première, et ça va être un peu « chaud bouillant » je pense !

ALN – Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ? Est-ce qu’il y a des choses de prévues ou est-ce que ça va se faire un peu comme ça? Y’a-t-il quelque chose de prévue pour le 27 à Saint André de Sangonis ?

CG- A partir de 9h, les gens vont arriver le matin. C’est au complexe sportif de Saint André de Sangonis. L’adresse exacte sera mise sur le site. Le matin, on va planter des arbres. Certaines personnes vont venir avec des arbres. Pour ceux qui ne peuvent pas prendre des arbres –parce que prendre des arbres dans une voiture ou prendre le bus avec, ce n’est pas forcément facile-  il y aura des arbres à acheter sur place. Chacun au mieux doit amener une pelle ou une pioche. On va néanmoins essayer de voir nous aussi ce que l’on peut avoir de notre côté. La matinée, on va aller planter dans des endroits que la mairie nous aura donné pour planter ces arbres. Puis, entre midi et deux, tout le monde se rejoint au complexe avec un repas tiré au panier. Chacun apporte des fruits et des légumes. Il y aura des extracteurs, et on va faire des jus pour faire connaître à ceux qui ne connaissent pas. Dans l’après-midi, il y aura une conférence de Thierry Casasnovas. Il a beaucoup aimé l’opération, donc depuis le début, il nous soutient. Comme ça, il pourra apporter ce qu’il a à apporter de son côté. Et puis il y aura un autre conférencier qui va nous parler des arbres. C’est pour faire un conte en fait, il raconte une histoire autour des arbres pour amener une conscience aux gens sur les arbres. Grosso Modo, l’homme a oublié les arbres et s’est trop urbanisé. Il apporte cela sous une forme d’histoire… Après, le permaculteur, on doit m’en présenter un, donc, j’espère qu’il sera là. Si ce n’est pas possible, on trouvera certainement quelques personnes dans la salle qui ont des connaissances. Et on fera des questions-réponses. Le but c’est avant tout d’avoir un échange avec les gens. Et après ça termine le soir. A 19h-20h.

ALN- Tu disais que l’initiative est soutenue par Thierry Casasnova. Comment a-t-il entendu parler de ton opération ?

CG- C’est via internet qu’il a entendu cela. Il a beaucoup aimé et il nous avait fait de la pub alors que je ne le connaissais pas. Il avait parlé de nous ce qui avait amené pas mal de gens à voir les vidéos que je faisais sur le sujet. Il me semble que je lui avais demandé s’il voulait bien nous donner un petit coup de main et faire une vidéo. Et cela s’est fait.

ALN- Ca c’est super ! Ca veut dire que le mouvement est suivi et appuyé par certaines figures, donc, ça veut dire que ça prend essor et que les gens se sentent concernés visiblement !

CG- Oui, tout à fait. Il y a aussi des gens qui observent aussi un peu de loin. Mais il y a quand même des médias de Montpellier qui ont pris contact avec moi comme La Gazette, Montpellier Sud… Des journaux régionaux. On a aussi invité des figures comme Pierre Rabhi ou Gilles Lartigot. Malheureusement, Gilles n’a pas pu venir car il est en tournée actuellement mais, je pense qu’au cours des prochains festivals que les gens vont organiser et  qui vont être programmés un peu partout en France, il y aura des gens un peu renommé qui viendront. Je pense que tout le monde attend de voir ce que cela va donner lors de la première édition.

ALN- Tu fais ça avec l’accord de la municipalité de Saint André de Sangonis. Le Maire t’a suivi tout de suite ?

CG- Oui. Le maire a posé son accord. On a convenu d’une date. Je dois d’ailleurs aller voir des responsables prochainement pour nous dire où l’on devra planter le jour J. Oui, lui a été tout de suite d’accord. Il a trouvé cela super de vouloir planter des arbres ! Donc, il nous prête le complexe. Et il y aura aussi d’autres élus. J’ai d’ailleurs la ville de Gignac qui veut bien nous ouvrir ses portes pour faire un festival là-bas et planter des arbres. C’est la ville d’à côté et on m’a déjà donné un accord favorable à mettre en place.

ALN- C’est une super nouvelle ! Ca veut dire que cela s’ouvre…

CG- Oui.

ALN- Je pense que l’on a vu l’essentiel. Est-ce que pour cette dernière question tu veux bien nous rappeler les informations de base pour que l’on puisse tous venir planter des arbres le 27 novembre ?

CG- Oui : venez avec vos graines, vos noyaux, avec des jeunes pousses d’arbres, des petits arbres plus vieux… Un peu ce que vous avez entre les mains pour planter ! Une pelle ou une pioche pour pouvoir taper sur la terre et faire un trou. Venez avec vos fruits, vos légumes, vos paniers… et votre détermination à faire changer les choses ! Venez avec ça : la détermination que l’on va changer les choses à ce niveau-là quoi ! Et on peut bien sûr venir s’inscrire à la newsletter sur le site « Fruits Invasion » : www.fruitsinvasion.com. J’invite les gens à venir régulièrement voir les infos ou regarder la chaîne youtube « Fruits Invasion » sur tout ce qui touche aux dernières «news ». Car s’il y a une dernière demande à faire ou le moindre changement, au moins, ils seront au courant. En tout cas le 27, on sera tous à Saint André ! Quoi qu’il arrive, on sera là-bas maintenant ! Et on est tous déterminés ! Après, je ne sais pas combien on sera. Ce sera la surprise.

ALN- Et bien, on va essayer d’être le plus nombreux possible !

CG– Oui.

ALN- Clément Grau, merci beaucoup d’avoir accordé cette interview pour l’alter-native.fr et rendez-vous le 27 à Saint André de Sangonis.

Retrouvez l’interview audio de Clément Grau ci-dessous, et n’hésitez pas à vous abonner à notre chaîne Youtube pour suivre toutes nos interviews! 😉